EHPAD & ABSORPTION DU SOCIAL PAR LE MÉDICAL : PERTE DU LIEN D’AIDE AU PROFIT D’UNE RELATION EXCLUSIVE DE SOIN

Aujourd’hui les EHPAD sont qualifiés de structure médico-social. Lieu entre la vie et le soin. Lieu où on soigne des gens pour les maintenir dans la vie. Encore que .. On peut aussi observer que les personnes plus âgées sont plutôt dépendantes du soin pour vivre car devenues dépendantes des soignants et du cadre de l’institution pour vivre.

Le volet social a été relégué au profit du tout médical. Nous décrivons bien les EHPAD comme des « maisons de retraite médicalisées« . Dans lesquelles les résidents sont couchés dans des « lits médicalisés« .

Les professionnels du soins y sont soumis à de permanentes injonctions paradoxales qui bloquent toutes créations de lien d’aide. Cela bloque les relations de dons à l’autre et par la même un altruisme symbolique nécessaire au narcissisme de chacun.

La plupart des professionnel(le)s que je rencontre en tant que formateur n’ont de cesse de tout(e)s (!) me répéter « qu’on leur à appris à ne pas s’attacher« . Soit à avoir une « bonne » posture professionnelle. En effet rester dans le statut du soignant qui soigne le malade est la bonne posture. Étrange dogme à mon sens que l’on donne aux futurs travailleurs et travailleuses du MEDICO-social. Encore que le social n’a plus l’air d’intéresser.. sauf pour les événements collectifs spectacles tels toutes les fêtes, concerts, sorties sportives où l’on convie les familles des « moins dépendant » 3 fois dans l’année pour se rassurer et ainsi se convaincre que l’on a pu faire le « quotat » de social dans l’année. Quand est il des autres ? (Vous savez ceux qui sont les « grabataires » ou les « déments déambulant » ?) …

Comment dans ce cadre ne pas favoriser l’épuisement professionnel au ? L’attachement a l’autre est naturel et par essence humain. Il est d’autant plus puissant lors de l’accompagnement de personnes au crépuscule de leurs vies qui dégagent toute la vie et la force émotionnelle restant (et qu’ils ont accumulée tout au long de leur vie). Cette force est projetée sur le soignant qui ne peut que l’absorber sans la renvoyer car contraint de « ne pas s’attacher » (= « quel est l’utilité de soins de s’attacher à des gens qui vont mourir ? Qui vont disparaître ? »). Cette posture génère une accumulation des émotions de l’autre dans leur mental et ne sachant pas comment le re-donner, le rendre, càd le partager dans la création d’un lien, toute cette vie émotionnelle (parfois chargée de regrets), peut devenir une surcharge mentale pour le/la professionnel(le) qui ne sait comment « s’en débarrasser » car on lui interdit toute utilité.

 Ce dogme du « non attachement » trouve son étendard dans « L’HUMANITUDE » : l’humanité spécifique pour les « déments« . Technique soit-disant humaine élaborée pour communiquer avec les déments qui ont d’après ce dogme (qui offre aux EHPAD la garantie certifiante d’être labellisé « bientraitant« ..), ont perdu une part de leur humanité car « ne se reconnaissance plus et ne reconnaissent plus les autres comme appartenant à la même espèce humaine » …

La silver tech nous propose des robots « animateurs »… Les robots ont ils plus « d’âme » que des humains qui tentent de prendre soin et « d’animer » les vieillards en ehpad ?

Nous pouvons prendre conscience que ce concept est une « méthode de communication » reposant sur le principe que les grands vieillards (au même principe que les tous petits), ont besoin d’une méthode particulière pour communiquer avec eux. Ce n’est pas mon avis dans les deux cas. Je ne le pense pas.

Je pense que lorsque nous sommes en situation de grand handicap cognitif et/ou psychique et/ou physique, notre vie intérieure s’exprime de la façon la plus simple possible. C’est cette simplicité qui a été oubliée dans notre société du « parler correct » et des apparences sociales et des « jolies phrases de politesse« . Le discours en devient aussi aseptisé que les EHPAD dans le courant de l’hygiénisme ambiant.

La relation humaine s’en trouve dénaturée car elle ne peut pas être spontanée car bloquée dans la relation de soins prédominante. Pourtant l’une et l’autre peuvent s’organiser ensemble dans : la relation d’aide (aider l’autre c’est faire don d’un peu de soi et accepter de recevoir un peu de l’autre en retour).

Le lien humain d’attachement trouve sa base professionnelle tout simplement dans l’empathie et l’écoute active tel que Carl Rogers l’a théorisé dans son concept fondateur de « Relation d’aide« . Cette relation est simple : basée sur l’empathie et l’écoute active elle revient au fondement de l’échange et la communication. Pourquoi par exemple ne pas simplement considérer en tant que aide-soignant(e) la rencontre en tant que telle lorsque je rencontre effectivement pour la première fois une vielle personne en situation de handicap ? Pourquoi ne pas l’aborder comme une 1ere rencontre avec quelqu’un sur qui je peux veiller et prendre soin ? La relation au sens premier sera oui différente et particulière avec chaque personne rencontrée et c’est grâce à cela que l’aide-soignant(e) (rien que cette dénomination d’être un/une « aide aux soins » peut être interrogée longuement…), rentrera dans une communication authentique car particulière et individuelle avec la personne en face (et pas seulement le « soigné » d’en face).

La réalité est autre car l’HUMANITUDE trouve sa force dans la faiblesse des EHPAD. Le manque de temps, de personnel, d’organisation et de moyens que nous faisons peser sur les personnes âgées que nous soignons plutôt que de les accompagner (nous pourrions êtres de véritables compagnons de route pour ces personnes plutôt que de s’obliger à médicaliser tout a tout prix….). 

L’HUMANITUDE médicalise une relation qui ne peut s’inscrire dans aucune temporalité car elle se veut spontanée. A cause du manque de moyen, la nécessité de temporiser la relation à l’autre a été instaurée. Le temps du soins est chronométré et analysé pour être le plus rentable possible. Cette imposition de temps contraint le/la professionnel(le) (rendons hommage à la réalité que se sont beaucoup de femmes qui travaillent en EHPAD auprès des plus vieilles personnes), à tenter de raccourcir et réduire son envie spontanée (!), de communiquer et d’entrer en relation avec l’autre naturellement. Elle se conditionne et se convainc elle même de ne pas le faire. A tel point que ces professionnel(le)s développent de nouveaux schémas de pensée générés par l’institution elle-même. Telles des normes sociales, les normes institutionnelles sont apprises à l’école (IFAS), puis intériorisées et appliquées machinalement en EHPAD. Au point de créer une activité ouvrière et usinière (telle le retour du taylorisme dans la relation humaine !), auprès des gens plus vieux.

Il y a donc une dissonance cognitive permanente inscrite dans l’esprit des professionnel(le)s du soin : soyez rentable et faites beaucoup de toilettes vite car nous manquons de temps (ce sera noté dans votre « évaluation annuelle »), ET en même temps ne manquer pas d’humanité (sinon vous serez « maltraitantes »).

Comment résoudre ce dilemme ? En alternant des phases de relation qui lui « font perdre du temps » et des phases de soins hyperactifs qui lui font « perdre de l’empathie« . Dans tous les cas la perte apparaît (perte de mon « moi-soignant » et perte de mon « moi-empathique »). Reste au professionnel en fonction de sa capacité de faire face au stress (ou coping), de puiser sans cesse dans ses ressources internes et de se convaincre de bonnes raisons et de bonne conscience dans ce qu’on lui impose de faire. Tout cela au détriment de sa bonté et sa bienveillance naturelle.

Il est temps de prendre conscience que c’est ce système est toxique. Il pollue le mental des professionnel(le)s et les poussent à l’épuisement. Je ne pense pas que l’on puisse accepter de faire reposer cette responsabilité sur les vieillards en situation de handicap que nous accompagnons. Les « déments » , « déambulant« , « opposants« , sont là (faut il le rappeler), parce qu’on leur a demandés d’êtres là … en EHPAD .. en ce lieu emprisonnant du « secteur fermé ».

Il est temps de réhabiliter la relation humaine tout simplement. Non pas au centre du soins (appelé « soins relationnels« ), ou au centre de l’UA ou de l’UF, ou au centre du PASA, .. juste de la laisser être là simplement, naturellement et spontanément. Pour autant il est essentiel (au même titre que tout être humain a besoin d’un minimum de conditions matérielles d’existence pour s’épanouir), de donner les moyens physiques et concrets pour que cette relation s’épanouisse.

Que les professionnel(le)s puissent arrêter de douter et de se culpabiliser (de faire perdre du temps..), d’êtres elles mêmes et d’écouter les personnes en face d’elle. Quelles puissent prendre réellement et concrètement le temps (comme n’importe qui), d’être auprès de ces autres humains plus vieux et handicapés de beaucoup de chose mais pas de leur humanité et de leur droit à la vivre jusqu’au bout.

Merci aux autres du livre collectif : « La vieillesse. Un autre regard pour une autre relation » qui m’a inspiré l’idée de cet article.

PLUTÔT QUE « L’ALZHEIMER » … ESSAYONS DE COMPRENDRE AUTREMENT MON OUBLI

RÉFLÉCHIR A UNE ORIGINE ENDOGÈNE AU SUJET PLUTÔT QUE DE RESTER DANS LA CAUSE MÉDICALE EXOGÈNE

L’Alzheimer, les «z’alzheimerl’alzheimer, le dément, ect … tout cela pour désigner les mêmes sujets relégués au rang de malade atteint de démence , de syndrome démentiel ou de démence sénile

Dans une société où le vieillissement tend à être considéré comme une maladie à soigner il y a tant à prendre le temps de se re-tourner, de regarder et d’écouter ces personnes « malades de vieillir », qui terrorisent tant la médecine et thanato-phobie

la recherche du temps perdu… écrivait Proust, ce temps qui n’a plus le droit d’être confus, ennuyeux ou inutile. Il doit être productif, efficace, et utilisait par les seniors heureux de leur « bien-vieillir », tel une Martine qui n’a pas le droit de vieillir, les séniors (NSC ++ soit dit en passant), doivent dépenser leurs temps dans de l’argent pour rester à tout prix jeune.

C’est cette injonction du bien vieillir (ou du « bien rester jeune à tout prix »), qui a trouvé son moulin dans la DTA (« Démence de Type Alzheimer »), tel Don Quichotte et son cheval de bataille médical, tentant désespérément de vaincre l’éphémère pathologique de la vie, que Amédée LACHAL tente de déconstruire et de rappeler à l’ordre de l’humain et de l’humanité (et non de l’humanitude).

Ne remettant pas en cause l’existence du handicap cognitif de certains sujets plus âgés, il fait le choix de laisser le choix à cet autre plus âgé, peut être lassé d’une vie passée chargée de regrets et endeuillée, de résoudre la fin de son existence par un oubli volontaire.

Plutôt que de conforter une approche médico-centrée dans sa quête compulsive (Freud ne décrivait il pas la répétition du même comportement comme pathologique ?), du contrôle absolu de la vie (et de la finitude) qui tente confirmer l’existence d’une origine extérieure de cette soi-disant maladie, A. LACHAL replace l’individu au centre de sa vie avec son droit à l’oubli et au refuge dans le souvenir. Il nous rappel que se réfugier en soi même ne reste qu’un processus adaptatif normal et propre à chaque personne lors de deuils non résolus amenant à la dépression et la négativité de soi (et non à la négation de qui nous sommes).

Pour théoriser scientifiquement ce billet, je rappellerai que les études mettant en avant une comorbidité en dépression et « maladie d’Alzheimer » foisonnent. Se basant sur le principe fondateur de la ValidationA. LACHAL rappelle que le sujet est le sujet de lui-même : plutôt que de médicaliser 2 maladies organiques ne pouvons-nous pas y voir un cycle de cause (dépression) et conséquence (handicap amnésique), avec en son centre un sujet qui choisis inconsciemment de se réfugier en lui-même pour trouver du sens à la fin d’une vie en perte de sens ?

A. LACHAL soutient une approche moderne des gens vieux, portée par 2 bras : un DSM-V qui a supprimé le terme « démence » de ses pages (pour le remplacer par les TNM) et une ARS qui a déremboursée les médicaments « anti-Alzheimer » (et qui a rendu un grand service !). Approche neuropsychologique au premier sens du terme, dans laquelle plutôt que de vouloir trépaner sans cesse les vieux pour regarder leurs cerveaux nous les abordons dans leur histoire, leur vie et leur globalité en tant qu’individu (en déplaise à Chomsky et aux matérialiste réductionniste…).

Il est grand temps d’accepter notre incapacité humaine à ne pas contrôler la destinée des autres et simplement à se pencher auprès de l’autre, à l’écouter et à se rappeler qui il est… plutôt que « qu’est-ce que c’est ? ».

Rappelons-nous sommes tous des futurs vieux, n’oublions pas de l’admettre…

La vieillesse est une sagesse !

A mon chère ami et mentor Amédée,

COMME UNE MAISON A LA RETRAITE… LA SOMME DES HISTOIRES INDIVIDUELLES PLUTÔT QUE LA SOMME DES PATHOLOGIES

POUR LA PROMOTION D’UNE MAISON DE VIE PLUTÔT QUE D’UN CENTRE DE SOIN

Comment pouvons nous concevoir de manière humaniste et non plus médicale la vie en maison de retraite (je réfute personnellement le terme EHPAD qui met bien trop négativement l’accent sur la « dépendance » médicale .. ce qui n’a aucun sens à mon avis car qui n’est pas dépendant de quelqu’un ou de ses compétences pour sa vie d’aujourd’hui ?) ?

Vers quoi pouvons nous tendre comme système de pensée et de fonctionnement de ces lieux de la fin de la vie et donc de la vie ? A l’heure où les politiques actuelles injectes des euros dans un système à bout de souffle (tel le tonneau percé des Danaïdes), n’y a t’il pas là une raison suffisante de se demander ce qui dysfonctionne ? A l’heure où la seule chose qui prime pour les autorités est la « labellisation » notamment du totem de l’humanitude et de sa vison de la Bien-traitance ?

Je préfère penser à l’empathie et à la bienveillance envers les plus vielles personnes. Je préfère considérer que je participe à veiller sur elles et eux (comme eux ont pu et le font encore comme des grands pères et grands mères aimantes), plutôt que à les traiter (« traiter » = traitement = médicament après tout).

L’EHPAD renvoie au fait que la vieillesse est une maladie ? Le bien-vieillir (injonction de la silver économie) est le remède.

Pouvons nous penser les personnes comme ayant seulement vieillies à leur manière ? Plutôt que de rajouter une injonction issue de l’agisme / jeunisme supplémentaire : après demander de « rester jeune le plus longtemps possible » après « vieillir jeune le plus longtemps possible » il faut ou on doit « vieillir le mieux possible » !

Cela n’est qu’une facette supplémentaire du pouvoir des apparences de la société du capital et ultra-liberal. Car malgré son libéralisme (autorisé pour les déplacements et fluctuations de la finance), elle autorise peu de liberté individuelle notamment celle de choisir comment vieillir et comment mourir ! (La loi Leonetti est un magnifique début qui peut devenir une magnifique fin de liberté et de choix si elle pouvait oser s’attarder sur la question du « suicide assisté » où en tout cas du choix).

La question de l’espérance de vie en bonne santé et de la qualité de vie subjective pourraient être plus souvent utilisée plutôt que de penser que tous les retraités veulent finirent leurs jours sur un bateau de croisière ou à gâter leurs petits enfants de manières compulsives. Car c’est de cela dont il s’agit pour la rénovation des EHPAD. Quelle qualité de vie y est ressentie par les personnes âgées qui y habitent et quelle espérance de vie en bonne santé pourrions nous offrir aux personnes à leur domicile ?

Car la loi a beau considéré l’EHPAD comme « le domicile » de la personne.. c’est une hypocrisie. Les vieux ne sentent pas chez eux .. tout au plus « comme » chez eux ou « presque » chez eux. Car chez soi on peut choisir ce que l’on mange et avec qui on peut vivre. En EHPAD les normes hygiénistes dominent et gâchent les plaisirs simples de la vie.

La nourriture et l’affection sont le sens de la vie (cela se résume bien dans le très bel ouvrage de Boris CYRULINK). Cela a plus de sens et de réalité existentielle (comme le résumait Sartre), que la « pyramide » de Maslow. Déjà là un besoin de hiérarchie et de domination se constituait..

Pouvons penser un lieu de vie pour les vieux et vieilles personnes fondés sur leurs envies (et pas que leurs besoins car encore une fois la vie ne se résume pas à une série de satisfaction de nos besoins) ?

Un lieu qui suit leur rythme et en même temps un lieu rempli de nouveautés, de dynamisme, de créativité et pas seulement de normes et protocoles ? Un espace d’écologie, de partage avec la nature, avec la Terre, avec les personnes entre elles. Un lieu d’échange qui met en avant la sagesse de vie des plus vieux que nous (qui ont oui vécu déjà une vie tout entière alors que nous de notre côté nous en sommes au début ou à la moitié). Un lieu qui respecte les citoyens plus vieux et qui offrent des temps de réflexion sur le monde et les actualités politiques et culturelles ? Un espace de culture ? Une bibliothèque de savoirs ?

Les vieux ont la sagesse de l’expérience de la vie elle même. Ce n’est pas une sagesse théorique mais une sagesse existentialiste ! Ne pouvons nous pas respecter cela ? Respecter une personne en face de nous (même en situation de handicap multiples cela ne change rien), qui a pu vivre une vie entière !

Respectons la robustesse de la personne en face de nous ! Lui reconnaître toute son humanité à elle qui a tant vécue, aimée, pleurer, endurée, acceptée.

Ne pouvons nous pas nous incliner devant la résilience et nous mettre à leur hauteur ? Plutôt que d’essayer de les remettre à la nôtre avec des machines comme les « lèves-malades » ..?

Il existe tant d’initiatives citoyennes et publiques ! Des lieux qui ont adopté le mode de vie et non la prise en charge de l’autre. Plus besoin pour eux de thérapies ou de thérapeutiques pour soigner « de » la vieillesse… Il recherche avant tout de manière participative la qualité de vie ressentie des plus vieux et plus vieilles personnes. Cela passe alors par leurs écoutes attentives et empathiques plus que par le respect à foison de normes, protocoles, recommandations, labels, certificats …

Cela ne passe par « l’humanitude », labellisation marketing de l’humanité ! Quel sens à recréer un terme spécifique pour la gérontologie ? Les vieux ne sont plus assez de bons humains au point qu’il il y a besoin d’un concept spécial pour eux ?

Ce qui en a par contre…c’est l’empathie, l’affection (même si on leur a « appris à ne pas trop s’attacher »), l’écoute, la délicatesse, le regard, la rencontre et la bienveillance humaine naturelle et spontanée que je vois chez tous les soignants (avec qui je travaille) envers les personnes plus vieilles qu’elles accompagnent.

 Elles ne les « prennent pas en charge » (pas toutes, celles qui l’ont compris..) … elles sont a côtes d’elles.. Avançant pas après pas … lentement .. a leurs côtés.. elles cheminent ensemble vers la fin de leur vie..

Oui ! Car cette vie a une fin (n’en déplaisent …).. et elle peut être la plus belle des fins … à notre image .. si tant soit peu que l’on nous l’accorde ..

JEUX DE MAUX ET MOTS DE JEUNES

QUI SONT CES PERSONNES DIFFÉRENTES, FEMMES ET HOMMES DÉSIGNÉS PAR TANT DE MOTS DIFFÉRENTS ?

« Un temps que les moins de vingt ans ne peuvent connaître…« , cette belle et mélodieuse phrase me permet et m’encourage à m’interroger sur un phénomène linguistique actuel : combien et ô combien beaucoup (trop ?), de signifiants sont utilisés pour qualifier les gens plus vieux que nous, quand il me semble ne connaître que le mot « jeune » pour parler des gens plus jeunes ?

Je me demande bien pourquoi ? Quel sens donner à tous ces mots ? Commençons par en faire l’inventaire. Voilà tout ceux que j’ai pu entendre et qui me viennent à l’esprit (je vous propose de les accompagner de leur définition respective):

  • « Vieux » : « Qui a vécu longtemps ; qui est dans la vieillesse. » ou « Qui a les caractères physiques ou moraux d’une personne âgée. »
  • « Aînés » : « Personne plus âgée que telle autre« 
  • « Seniors » : « Personne de plus de 50 ans« 
  • « Personnes âgées » :  » Une personne âgée est, pour le sens commun, une personne dont l’âge est avancé et qui présente les attributs physiologiques et sociaux de la vieillesse tels que la société se les représente« 
  • « Les anciens » :  » Qui a existé il y a longtemps« 

En connaissez vous d’autres ?

Il est intéressant de voir le rapprochement entre l’adjectif vieux et personne âgée. En effet quelqu’un de vieux est celui ou celle qui à les « caractéristique d’une personne âgée« . Et une personne âgée est celui ou celle qui a les « attributs de la vieillesse« . Finalement leur lien me semble déjà circulaire. Ces deux adjectifs au delà d’être des synonymes me semble être redondant ou être à la limite de la tautologie (« une personne âgée est une personne vieille »). Un autre point de vue peut être de considérer que l’adjectif vieux se réfère plus précisément au processus du vieillissement ou au phénomène naturelle de la vieillesse.

Celui de « personne âgée » renvoie à la notion sociologique de l’âge. Ils aborderait et définirait 2 situations différentes : la vieillesse et l’âge.

Ce qui peut être intéressant à considérer, car cela peut nous amener à nous demander si la vieillesse peut se définir uniquement avec la notion sociétale d’âge (rappelons que l’âge est dépendant de notre anniversaire et que certaine cultures ne « fêtent » pas leur naissance tous les ans et définissent leurs « vieux » sur d’autres « critères » sociétaux et culturels).

Si nous faisons cela, nous nous rapprochons de l’adjectif « seniors » qui lui semble résumer la « personne de plus de 50 ans ». Qui sont ces personnes et comment les définir ? Comme âgées ? Il semble que administrativement nous soyons des personnes âgées à partir de 60 ans (date de départ à la retraite en moyenne + date de départ du droit à l’APA). Les « seniors » se situent ils entre les âges de 50-60 ans ? Sont ils ces futurs ou jeunes retraités actifs et consommateurs ? Est ce peut être cela qui nous intéresse ? Catégoriser les personnes plus âgées que nous en fonction de leur pouvoir d’achat ? Créer une catégorie pour les seniors qui ont réussi à « bien vieillir » car ils peuvent encore consommer versus les « personnes âgées« , elles plus vieilles qui ne consomment plus et qui commencent à coûter au contribuable car devenues (dixit le gouvernement), le « problème de la dépendance » en France ?

Ne reste ensuite que les signifiants « aînés » et « anciens » qui désignent ce qui est plus vieux/âgés que celui qui les utilisent (cad dans une comparaison entre soi et l’autre).

Il semble donc que la notion de vieillesse et d’hommes (et de femmes), vieux n’ait pas suffit au vocabulaire sociétal et qu’il fut donc crée et conceptualisé seniors et personnes âgées

Et dans quel sens et quel but ? Je vous en propose ma propre interprétation, basée sur mon expérience de terrain et mes lectures.

Le premier constat est que nous sommes passé d’adjectifs (vieux, vielles, jeunes, …), à la conceptualisation d’une catégorisation des personnes en créant les termes personne âgée et seniors. Puisque nous ne disons pas : « il est plus/moins senior que moi » « elle est plus/moi une personne âgée que moi« . Nous exprimons plutôt : « C’est un senior. » « C’est une personne âgée« . Remarquez d’ailleurs comment nous disons généralement un senior et une personne âgée. Nous avons aussi opposé le féminin et le masculin.

Dans cette perspective, si cela va au delà de créer de nouveaux adjectifs et correspond à un besoin (de quelle origine sociétale ?), de créer de nouvelles catégories de personnes, à quoi (et qui), servent elles ?

Pour réfléchir à la médicalité ou la médicalisation de la notion de « personne âgée« , nous pouvons réfléchir aux antagonismes respectifs entre les signifiants.

  • « Jeune » > « vieux
  • « Aînés » > « Cadets »
  • « Anciens » > « Récents »
  • « Personnes âgée » > ? ( ou dans la suite de l’infantilisation croissante des personnes plus vieilles nous pourrions écrire en face : « nourrisson » ou « nouveau né » ?)
  • « Seniors » > « Benjamins » ou « cadets » ? (redondants avec « aînés »)

Sommes nous là face à la création d’un concept médical, faussement sociétal que serait la personne âgée (concept asexué également, puisque il ne me semble pas pouvoir dire le personne âgé(e) ?). Création d’un signifiant que nous pouvons ainsi opposer au concept de seniors (personnes plus âgées actives, en bonne santé et consommatrices). Ainsi en instaurant ces 2 concepts qui s’opposent, nous leurs offrons la possibilité de co-exister et d’affirmer mutuellement la crédibilité de leurs existences.

Nous avons donc d’un côté la catégorie des personnes du Bien Vieillir et par opposition à celles du Mal Vieillir ? Et nous semblons donc créer une responsabilité personnelle. Cad que nous provoquons l’intériorisation de leur responsabilité à réussir ou non à bien vieillir (Comment cela peut se mesurer objectivement ?). Et par la même diminuons grandement la véritable responsabilité de la société et des politiques publics actuelles.

Nous voyons donc apparaître encore une fois une opposition entre ceux qui ont « réussit » (les seniors), et ceux qui ont donc « échoués » (les personnes âgées dépendantes). Car vous pouvez constater que nous ne disons pas les seniors dépendants. La dépendance est devenu une corollaire de personne âgée. Une personne âgée est dépendante par définition. Puisque en EHPAD (Etablissement d’Hébergement Pour Personnes Âgées Dépendantes), sont accueillis des personnes âgées et non des seniors. Les seniors sont en Résidence Seniors (qui semblent bien plus « chic » qu’un EHPAD ?).

Cela provoque donc une approche catégorielle et non transversale (la catégorisation fait de tout façon partie à mon sens de l’approche médico-médicale dominante en France). Un senior peut il devenir dépendant et donc se transformer en une personne âgée ? Et une personne âgée peut elle récupérer de l’autonomie et être moins dépendante au point de devenir un senior ?

Par extension, le « problème de la dépendance » peut il devenir au bout de ce raisonnement le « problème personnes âgées » ?

Les personnes âgées qui ne peuvent plus consommer et acheter les produits du capital vont elles devenir un « problème » ? Les seniors qui ont réussis à bien vieillir aux sont ils la solution au problème ? Allons nous privilégier les seniors consommateurs aux détriments des personnes âgées dépendantes ? Est cela qui sous tend le concept de silver économie ? Allons nous faire un distingo entre les seniors et les personnes âgées ? Peut être que cela peut expliquer la récente manifestation des auxiliaires de vie, qui elles aident au quotidien (jusqu’à l’épuisement par manque de moyens financiers et organisationnels), les personnes âgées dépendantes.

Somme nous en train de médicaliser le « problème » des personnes âgées dépendantes et en face de capitaliser sur les seniors ?

Pourrions nous offrir les moyens sociétaux aux personnes âgées de devenir des seniors ? (et pas seulement les soulager et/ou les aider à supporter leur dépendance à l’autre pour des activités de vie quotidienne) : Pouvons nous imaginer une conception autre que purement médicale de la « dépendance » des personnes plus vieilles que nous ? Si nous considérons que ce concept de dépendance à l’autre, n’est pas purement médicale (et donc de la responsabilité de la personne), et aussi social, psychologique, affectif, familiale, géographique et situationnel et donc que la « dépendance » n’est pas que dépendante de la personne mais plutôt une situation de dépendance (au même titre que nous réfléchissions aux situation de handicap depuis le nouveau modèle de l’OMS).

Notre objectif pourrait alors devenir, de prévenir et de sortir les personnes plus vieilles de leurs situations de dépendance qu’elles soient seniors ou âgées.

Et vous ? Qui allez vous devenir ? Ou comment voulez vous que l’on vous nomme? Un senior ou une personne âgée ?