EHPAD & ABSORPTION DU SOCIAL PAR LE MÉDICAL : PERTE DU LIEN D’AIDE AU PROFIT D’UNE RELATION EXCLUSIVE DE SOIN

Aujourd’hui les EHPAD sont qualifiés de structure médico-social. Lieu entre la vie et le soin. Lieu où on soigne des gens pour les maintenir dans la vie. Encore que .. On peut aussi observer que les personnes plus âgées sont plutôt dépendantes du soin pour vivre car devenues dépendantes des soignants et du cadre de l’institution pour vivre.

Le volet social a été relégué au profit du tout médical. Nous décrivons bien les EHPAD comme des « maisons de retraite médicalisées« . Dans lesquelles les résidents sont couchés dans des « lits médicalisés« .

Les professionnels du soins y sont soumis à de permanentes injonctions paradoxales qui bloquent toutes créations de lien d’aide. Cela bloque les relations de dons à l’autre et par la même un altruisme symbolique nécessaire au narcissisme de chacun.

La plupart des professionnel(le)s que je rencontre en tant que formateur n’ont de cesse de tout(e)s (!) me répéter « qu’on leur à appris à ne pas s’attacher« . Soit à avoir une « bonne » posture professionnelle. En effet rester dans le statut du soignant qui soigne le malade est la bonne posture. Étrange dogme à mon sens que l’on donne aux futurs travailleurs et travailleuses du MEDICO-social. Encore que le social n’a plus l’air d’intéresser.. sauf pour les événements collectifs spectacles tels toutes les fêtes, concerts, sorties sportives où l’on convie les familles des « moins dépendant » 3 fois dans l’année pour se rassurer et ainsi se convaincre que l’on a pu faire le « quotat » de social dans l’année. Quand est il des autres ? (Vous savez ceux qui sont les « grabataires » ou les « déments déambulant » ?) …

Comment dans ce cadre ne pas favoriser l’épuisement professionnel au ? L’attachement a l’autre est naturel et par essence humain. Il est d’autant plus puissant lors de l’accompagnement de personnes au crépuscule de leurs vies qui dégagent toute la vie et la force émotionnelle restant (et qu’ils ont accumulée tout au long de leur vie). Cette force est projetée sur le soignant qui ne peut que l’absorber sans la renvoyer car contraint de « ne pas s’attacher » (= « quel est l’utilité de soins de s’attacher à des gens qui vont mourir ? Qui vont disparaître ? »). Cette posture génère une accumulation des émotions de l’autre dans leur mental et ne sachant pas comment le re-donner, le rendre, càd le partager dans la création d’un lien, toute cette vie émotionnelle (parfois chargée de regrets), peut devenir une surcharge mentale pour le/la professionnel(le) qui ne sait comment « s’en débarrasser » car on lui interdit toute utilité.

 Ce dogme du « non attachement » trouve son étendard dans « L’HUMANITUDE » : l’humanité spécifique pour les « déments« . Technique soit-disant humaine élaborée pour communiquer avec les déments qui ont d’après ce dogme (qui offre aux EHPAD la garantie certifiante d’être labellisé « bientraitant« ..), ont perdu une part de leur humanité car « ne se reconnaissance plus et ne reconnaissent plus les autres comme appartenant à la même espèce humaine » …

La silver tech nous propose des robots « animateurs »… Les robots ont ils plus « d’âme » que des humains qui tentent de prendre soin et « d’animer » les vieillards en ehpad ?

Nous pouvons prendre conscience que ce concept est une « méthode de communication » reposant sur le principe que les grands vieillards (au même principe que les tous petits), ont besoin d’une méthode particulière pour communiquer avec eux. Ce n’est pas mon avis dans les deux cas. Je ne le pense pas.

Je pense que lorsque nous sommes en situation de grand handicap cognitif et/ou psychique et/ou physique, notre vie intérieure s’exprime de la façon la plus simple possible. C’est cette simplicité qui a été oubliée dans notre société du « parler correct » et des apparences sociales et des « jolies phrases de politesse« . Le discours en devient aussi aseptisé que les EHPAD dans le courant de l’hygiénisme ambiant.

La relation humaine s’en trouve dénaturée car elle ne peut pas être spontanée car bloquée dans la relation de soins prédominante. Pourtant l’une et l’autre peuvent s’organiser ensemble dans : la relation d’aide (aider l’autre c’est faire don d’un peu de soi et accepter de recevoir un peu de l’autre en retour).

Le lien humain d’attachement trouve sa base professionnelle tout simplement dans l’empathie et l’écoute active tel que Carl Rogers l’a théorisé dans son concept fondateur de « Relation d’aide« . Cette relation est simple : basée sur l’empathie et l’écoute active elle revient au fondement de l’échange et la communication. Pourquoi par exemple ne pas simplement considérer en tant que aide-soignant(e) la rencontre en tant que telle lorsque je rencontre effectivement pour la première fois une vielle personne en situation de handicap ? Pourquoi ne pas l’aborder comme une 1ere rencontre avec quelqu’un sur qui je peux veiller et prendre soin ? La relation au sens premier sera oui différente et particulière avec chaque personne rencontrée et c’est grâce à cela que l’aide-soignant(e) (rien que cette dénomination d’être un/une « aide aux soins » peut être interrogée longuement…), rentrera dans une communication authentique car particulière et individuelle avec la personne en face (et pas seulement le « soigné » d’en face).

La réalité est autre car l’HUMANITUDE trouve sa force dans la faiblesse des EHPAD. Le manque de temps, de personnel, d’organisation et de moyens que nous faisons peser sur les personnes âgées que nous soignons plutôt que de les accompagner (nous pourrions êtres de véritables compagnons de route pour ces personnes plutôt que de s’obliger à médicaliser tout a tout prix….). 

L’HUMANITUDE médicalise une relation qui ne peut s’inscrire dans aucune temporalité car elle se veut spontanée. A cause du manque de moyen, la nécessité de temporiser la relation à l’autre a été instaurée. Le temps du soins est chronométré et analysé pour être le plus rentable possible. Cette imposition de temps contraint le/la professionnel(le) (rendons hommage à la réalité que se sont beaucoup de femmes qui travaillent en EHPAD auprès des plus vieilles personnes), à tenter de raccourcir et réduire son envie spontanée (!), de communiquer et d’entrer en relation avec l’autre naturellement. Elle se conditionne et se convainc elle même de ne pas le faire. A tel point que ces professionnel(le)s développent de nouveaux schémas de pensée générés par l’institution elle-même. Telles des normes sociales, les normes institutionnelles sont apprises à l’école (IFAS), puis intériorisées et appliquées machinalement en EHPAD. Au point de créer une activité ouvrière et usinière (telle le retour du taylorisme dans la relation humaine !), auprès des gens plus vieux.

Il y a donc une dissonance cognitive permanente inscrite dans l’esprit des professionnel(le)s du soin : soyez rentable et faites beaucoup de toilettes vite car nous manquons de temps (ce sera noté dans votre « évaluation annuelle »), ET en même temps ne manquer pas d’humanité (sinon vous serez « maltraitantes »).

Comment résoudre ce dilemme ? En alternant des phases de relation qui lui « font perdre du temps » et des phases de soins hyperactifs qui lui font « perdre de l’empathie« . Dans tous les cas la perte apparaît (perte de mon « moi-soignant » et perte de mon « moi-empathique »). Reste au professionnel en fonction de sa capacité de faire face au stress (ou coping), de puiser sans cesse dans ses ressources internes et de se convaincre de bonnes raisons et de bonne conscience dans ce qu’on lui impose de faire. Tout cela au détriment de sa bonté et sa bienveillance naturelle.

Il est temps de prendre conscience que c’est ce système est toxique. Il pollue le mental des professionnel(le)s et les poussent à l’épuisement. Je ne pense pas que l’on puisse accepter de faire reposer cette responsabilité sur les vieillards en situation de handicap que nous accompagnons. Les « déments » , « déambulant« , « opposants« , sont là (faut il le rappeler), parce qu’on leur a demandés d’êtres là … en EHPAD .. en ce lieu emprisonnant du « secteur fermé ».

Il est temps de réhabiliter la relation humaine tout simplement. Non pas au centre du soins (appelé « soins relationnels« ), ou au centre de l’UA ou de l’UF, ou au centre du PASA, .. juste de la laisser être là simplement, naturellement et spontanément. Pour autant il est essentiel (au même titre que tout être humain a besoin d’un minimum de conditions matérielles d’existence pour s’épanouir), de donner les moyens physiques et concrets pour que cette relation s’épanouisse.

Que les professionnel(le)s puissent arrêter de douter et de se culpabiliser (de faire perdre du temps..), d’êtres elles mêmes et d’écouter les personnes en face d’elle. Quelles puissent prendre réellement et concrètement le temps (comme n’importe qui), d’être auprès de ces autres humains plus vieux et handicapés de beaucoup de chose mais pas de leur humanité et de leur droit à la vivre jusqu’au bout.

Merci aux autres du livre collectif : « La vieillesse. Un autre regard pour une autre relation » qui m’a inspiré l’idée de cet article.

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